Enquête exclusive Ipsos Pride 2024 : la France en forte régression
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Enquête exclusive Ipsos Pride 2024 : la France en forte régression
têtu·connect vous dévoile en exclusivité les résultats de l’étude Ipsos Pride 2024. Au sein des 26 pays sondés, la visibilité des personnes LGBTQI + stagne : 48 % des personnes sondées affirment compter dans leur entourage une personne LGBTQI+. Un chiffre en augmentation d’un point sur un an. En France, l’acceptation des diversités LGBTQI+ recule, tandis que le sujet de la transidentité divise fortement.
Par Chloé Consigny
6 min de lecture

Par Chloé Consigny
« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne seront jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ». Cette phrase, prononcée par Simone de Beauvoir en 1974, en réponse à Claudine Monteil qui se réjouissait de l’adoption de la loi relative à l’IVG reste, cinquante années plus tard, d’actualité.
« Le constat de Simone de Beauvoir pour le droit des femmes s’applique également aux droits des personnes LGBTQI + », souligne Caroline Bastide, à la tête du réseau Pride chez Ipsos en France.
Au niveau mondial, les pays d’Amérique du Sud poursuivent leur progression : 68 % des personnes vivant au Brésil affirment avoir dans leur entourage une personne LGBTQI +, soit le pourcentage le plus élevé des pays sondés. La Thaïlande se distingue également, notamment sur le sujet de la visibilité trans, avec 46 % des sondés comptant dans leur entourage proche une personne trans, contre 8 % des Français·es et 4 % des Japonais·es.
« Sur la transidentité, la Thaïlande est un pays à part puisque la transidentité fait partie du quotidien de la population avec des représentations dans toutes les franges de la société », explique Yves Bardon, Directeur de l’Ipsos Knowledge Centre.
Un socle de convaincus en repli
En France, sur le plan sociétal, le soutien à des mesures comme le mariage pour tous et le soutien aux personnes LGBTQI+, enregistre une baisse significative. Alors qu’en 2023, 66% des Français étaient d’accord avec l’idée que les couples de même sexe devraient être autorisés à se marier légalement, le chiffre passe à 62 % cette année. « Sur la question du mariage pour tous, il est intéressant de constater la très grande hétérogénéité entre les pays. Par exemple, les États-Unis, la Pologne ou encore la Turquie sont très bas (respectivement, 47 %, 39 % et 18 % des sondés de ces pays se prononcent en faveur d’une égalité de droits) », constate Caroline Bastide. « Plus le poids de la religion est important, plus il y a une critique à l’égard des thématiques LGBTQI +. Il y a des pays que nous n’avons même pas pu questionner », abonde Yves Bardon.
Dans le même temps, la proportion de personnes qui estiment que les couples de même sexe sont aussi capables que les autres parents d'élever des enfants avec succès diminue de 4 points au sein de l’Hexagone, passant de 73% en 2023 à 69% en 2024. Enfin, les personnes qui considèrent que les couples de même sexe devraient avoir les mêmes droits d'adopter des enfants que les couples hétérosexuels baisse de 67 % à 65 %.
La transidentité divise
Autre élément notable : en France, en 2024, la transidentité fait débat. Si 60% des Français considèrent que les personnes transgenres font l’objet de discriminations, la nécessité de les protéger est désormais moins partagée : 77% en 2023 contre 75% en 2024. De même, la part des Français en faveur d’autoriser les personnes transgenres à utiliser des installations non mixtes (par exemple, des toilettes publiques) selon le genre auquel elles s'identifient, diminue de 3 points en 2024, pour s’établir à exactement 1 Français sur 2. Enfin, en 2024, 40% des Français estiment que les documents officiels (CI, passeport, etc.) devraient inclure une option autre que « homme » et « femme » pour les personnes qui ne s'identifient ni à l'un ni à l'autre, , soit 4 points de moins qu’en 2023.
La baisse la plus significative concerne le désir de transition de genre des adolescent·es, y compris avec le consentement des parents, en les autorisant à recevoir des soins, des conseils et un traitement hormonal substitutif : 55% en 2023, 49% en 2024. Enfin, l’idée que les systèmes d'assurance-maladie devraient couvrir les coûts de la transition de genre comme ceux des autres procédures médicales passe de 45% en 2023 à 41% en 2024.
Gen Z et maculinisme
Si les boomers restent bien moins sensibles que les jeunes générations à la thématique LGBTQI +, les femmes, quel que soit leur âge, se distinguent. Au sein de la Gen Z, les femmes sont 51 % à souhaiter voir davantage de représentations LGBTQI+ dans les œuvres de fiction, contre 33 % des hommes. « De manière générale, les Gen Z sont beaucoup plus ouverts que leurs aînés. Néanmoins, on constate que l’écart se creuse entre des femmes qui ont pris leur envol et des hommes qui stagnent », constate Caroline Bastide. Ainsi, au niveau mondial, au sein de la Gen Z, 65 % des femmes sont d’accord pour que les couples de même sexe soient autorisés à se marier légalement, contre 45 % des hommes. Par ailleurs, 78 % des femmes de la Gen Z pensent qu’il faut protéger les personnes transgenres contre les discriminations. Un soutien qui s’établit à 63 % chez les hommes. « Chez les jeunes générations, la plus grande visibilité s’accompagne d’une plus grande mise à l’écart. Au sein de la Gen Z, nous assistons à un retour du masculinisme, avec un rejet des personnes LGBTQI+ », poursuit Caroline Bastide.
24 % des Français ne partagent pas l’engagement des entreprises
L’étude s’attache par ailleurs aux actions et engagements portés par les entreprises. La proportion de celles et ceux qui, à l’échelle mondiale, apportent leur soutien aux entreprises et aux marques qui s’engagent activement en faveur de l'égalité des personnes LGBTQI + est passée de 49% en 2021 à 44% en 2024. Parallèlement, cette étude révèle que désormais 20% s'y opposent. Pour la France, ce soutien rassemble 39% de la population, soit une baisse de 2 points par rapport à 2021. Ici, de nouveau, 24% ne partagent pas du tout leur engagement. À nouveau, les femmes se distinguent : toutes générations confondues, elles sont plus nombreuses à soutenir les représentations LGBTQI+ portées par les marques que les hommes.
Chiffres clés - Consulter içi l'intégralité de l'étude
Enquête dans 26 pays Chiffres monde par génération, identification LGBTQI
GenZ : 17%
Millennials : 11%
GenX : 6%
Baby-boomers : 5%
Chiffres France :
Population générale : 10% s'identifient à au moins une caractéristique LGBT+
Opinions sociétales en France (2023 vs 2024)
Mariage pour tous :
2023 : 66% d'accord
2024 : 62% d'accord
Égalité parentale pour couples de même sexe :
2023 : 73%
2024 : 69%
Droits d'adoption pour couples de même sexe :
2023 : 67%
2024 : 65%
Soutien aux entreprises pro-LGBT+ :
Mondial : 44% (2024) vs 49% (2021)
France : 39% (2024) vs 41% (2021)
Opposition : 20% (2024) vs 18% (2021)
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